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 JUSTICE: Une Juge à abattre, par Isabelle Prevost-Desprez

Une juge à abattreIsabelle Prevost-Deprez vient de publier chez Fayard, "Une Juge à abattre", un sévère réquisitoire contre la réforme de la Justice. Elle a longtemps été juge d’instruction au Pôle Financier du Tribunal de Paris, ou elle était une collègue du Juge Courroye, avant de devenir présidente de la XVéme chambre du Tribunal de Grande Instance de Nanterre.



Cette juge n’est pas une inconnue pour les lecteurs d’Asnierois.org (voir annexes).


Isabelle Prevost Desprez a traité d'affaires financières de tout premier plan : Affaire de la banque Rivaud, celle de la Société Générale, l’affaire du Sentier, l’Angolagate, mais aussi des dossiers plus politiques comme celui de la COGEDIM, ou celui du financement de campagnes de Charles Pasqua...

Elle préside aujourd’hui la XVéme chambre du Tribunal de Grande Instance de Nanterre (Hauts de Seine), une chambre spécialisée dans le jugement des délits financiers.

A l’heure ou le pouvoir projette de faire disparaître la fonction de juge d’instruction, ou l'on annonce la dépénalisation des affaires financières, elle raconte, avec la complicité d’un journaliste du Monde, les dessous d’une mise à mort annoncée.

« J’ai décidé de parler pour être fidèle à l’idée que je me fais du métier de juge. Je franchis le pas pour dire que le pouvoir de l’argent a fini par vaincre la justice. Pour raconter comment la partie a été perdue par ceux qui croient au droit s’opposant à l’arbitraire et à l’injustice. Pour témoigner de cette défaite de la démocratie, qui a vu les puissants obtenir l’impunité qu’ils réclament depuis longtemps. ».

Dès le prologue, Isabelle Prévost Desprez présente le Tribunal de Nanterre comme le « laboratoire de la justice de demain ». Au fil des pages on retrouve en écho quelques affaires asniéroises.

Isabelle Prévost Desprez revient ainsi plus en détail sur la tentative de déstabilisation dont elle a été la victime en décembre 2009, de la part de son ancien collègue, désormais procureur de Nanterre, Philippe Courroye.

Sans surprise on y découvre que les affaires Asniéroises ont été utilisées comme détonateur. (lien)

« Dans les tout premiers jours de décembre 2009, le parquet avait renvoyé devant le tribunal l’ancien directeur des services de la mairie d’Asnières, dans les Hauts de Seine, pour des faits de trafic d’influence et de recel d’abus de biens sociaux. Au mois de novembre l’avocat de la mairie d’Asnières était venu dans mon bureau pour m’indiquer qu’il projetait de citer à l’audience que je présiderais l’ex-maire (UMP) de cette ville, Manuel Aeschlimann, présenté par plusieurs des avocats du dossier comme un proche du chef de l’Etat. J’avais pris acte de sa démarche sans prendre parti. Pour l’anecdote, je n’ai compris qu’après coup qu’il voulait citer cet élu en qualité de prévenu et non en tant que témoin. »

« Tirant prétexte de cette démarche de courtoisie, le procureur n’a pas hésité à suggérer que j’avais moi-même convaincu le conseil de la commune d’Asnières de citer M. Aeschlimann aux fins de poursuite dans cette affaire. S’entendre avec l’une des parties contre une autre : cette accusation est l’une des plus graves qui puissent être faites à un magistrat. Heureusement, présent à mes cotés lors de mon entretien avec cet avocat, le vice-président chargé de l’instruction au tribunal de Nanterre a pu attester mes dire. De même, le maire d’Asnières qui avait succédé à Manuel Aeschlimann a adressé un courrier à M. Courroye qualifiant d’infondé le procès qui m’était fait.

On n'avait donc toujours pas trouvé le bon prétexte pour obtenir ma tête. »


Isabelle Prevost Deprez décrit également avec malice, le soudain regain d’intérêt pour la réforme de la procédure pénale de la part de certains parlementaires. Asnierois.org s’était déjà étonné de cette ardente défense des droits de l’homme par l’ancien maire d’Asnières. (lien)

« Ironie de l’histoire à la faveur du débat sur la réforme de la procédure pénale, des parlementaires, dont certains avaient eut maille à partir avec la justice, se sont érigés contre le régime des gardes à vue et ont milité pour donner aux avocats le droit d’assister aux interrogatoires. Au moins six propositions de loi avaient même été déposées tant à l’Assemblée qu’au Sénat par l’opposition, mais aussi par la majorité présidentielle. Ainsi le député (UMP) Manuel Aeschlimann, ancien maire d’Asnières, et les députés qui ne passaient pas pour incarner la frange la plus permissive de la majorité, comme Patrick Balkany, demandaient que l’accès aux dossiers soit accordé aux avocats lors de la garde à vue.

« N’attendons pas que la France soit condamnée par la Cour européenne des droits de l’homme ! » s’indignait M. Aeschlimann .* »

On ne peut que conseiller la lecture de ce livre à tous ceux qui pensent que la démocratie peut survivre ailleurs que dans un état de droit. Les Asniérois ont été les premiers témoins des excès auxquels peuvent conduire une justice intrumentalisée. Ils comprendront d'autant mieux l’appel lancé par la présidente de la XVéme chambre du Tribunal de Grande Instance de Nanterre.

Un juge à abattre (Fayard)
Isabelle Prevost-Deprez avec Jacques Follorou
16 Euros, dans toutes les bonnes librairies.

www.asnierois.org le 27 Mai 2010

ANNEXES : Isabelle Prevost Deprez sur asnierois.org

Le 13 mars 2009 :
Manuel Aeschlimann condamné à quatre ans d'inéligibilité

Le 16 Décembre 2009 :
Le tribunal de Nanterre au cœur d’une polémique judiciaire

Le 11 Avril 2010 :
Garde à vue, le rôle du député Manuel Aeschlimann



 
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