 | JUSTICE: Asnières Le directeur de cabinet du maire au tribunal |
 REVUE DE PRESSE
Un article de Valérie Mahaut
Le Parisien , samedi 27 mai 2006
COSTUME sombre et cravate flamboyante, Francis Pourbagher, directeur de cabinet du maire UMP d'Asnières, Manuel Aeschlimann, s'avance à la barre du tribunal correctionnel de Nanterre. Hier, jugé par la 15 e chambre pour « dénonciation calomnieuse », l'homme se montre grave et tendu. Il « confirme in extenso » sa plainte déposée en octobre 2003 à l'encontre d'un automobiliste qui aurait tenté de l'écraser, selon ses dires.
Mais hier, c'est la plainte de l'automobiliste, Shebli Anvar, membre d'une association opposée à la municipalité, qui a mené le directeur de cabinet devant le tribunal. Au soir du 28 octobre 2003, en pleine campagne électorale pour les cantonales, Francis Pourbagher « circule en ville pour vérifier les panneaux d'affichage ». Place de la République, il s'arrête devant l'affiche dégradée de la candidate qu'il soutient et « entend le moteur d'une voiture. » « Je me suis retourné et j'ai commencé à traverser. C'est là que le véhicule m'a foncé dessus. J'ai eu très peur. »
« Cela nous laisse pantois »
Malgré cette frayeur qu'il décrit, il relève le numéro d'immatriculation de la voiture. Première contradiction soulevée par le tribunal : « Vous interprétez comme une menace le moteur vrombissant, alors vous traversez... », s'étonnent les magistrats. « J'ai appelé le député-maire, Manuel Aeschlimann, pour lui dire ce qui venait de m'arriver », reprend le prévenu. « Il m'a conseillé d'appeler le commissaire de police », explique le directeur de cabinet. « Vous êtes victime d'une tentative d'homicide et vous appelez d'abord le maire ? », s'étonnent encore les juges. Réponse : « Oui, c'est mon patron. J'avais peut-être besoin qu'il me rassure. » « Une sorte de thérapie », ironise le tribunal. « Vous avez donné le numéro d'immatriculation au commissaire ? » interroge le président, Alain Prache. Le prévenu « ne s'en souvient plus ». Et pour cause. C'est seulement le lendemain de cette « agression » qu'il a communiqué le numéro, en déposant plainte. « Vous disposez d'un élément capital pour que la police arrête votre agresseur et vous ne le donnez pas au commissaire ? » Hésitation du prévenu devant des magistrats insistants. « Cela nous laisse pantois », commente le président. Face aux « invraisemblances » du récit de Francis Pourbagher et s'inquiétant d'une éventuelle « instrumentalisation de la justice et des services d'enquête », le procureur Bruno Bougie a requis un supplément d'information. Notamment pour que soient vérifiés les appels téléphoniques du prévenu et pour que soit entendu le commissaire de police. Mais, estimant disposer d'éléments suffisants, le tribunal n'a pas donné suite à cette requête, mettant son jugement en délibéré pour le 22 juin. Olivier Schnerb, avocat du prévenu, a plaidé la relaxe. L'avocat de la partie civile, Jean-René Farthouat, réclame 10 000 € de dommages et intérêts.
ASNIERES. Le tribunal, qui doit rendre son jugement suite à la plainte pour « dénonciation calomnieuse » contre Francis Pourbagher (à gauche), ici en compagnie du maire, Manuel Aeschlimann , a mis l'affaire en délibéré . (DR.)
Valérie Mahaut
Le Parisien , samedi 27 mai 2006
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