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 | JUSTICE: Le député-maire d'Asnières réclame sa mise en examen |
 REVUE DE PRESSE
Un article de Frédéric Choulet
Le Parisien , samedi 24 juin 2006
L'événement Asnières
«MONSIEUR LE JUGE, je vous demande très solennellement de procéder à ma mise en examen. » C'est en ces termes que Manuel Aeschlimann , le député-maire UMP d'Asnières, conclut son courrier adressé mardi dernier au juge d'instruction de Nanterre, Richard Pallain. Un courrier de deux pages dans lequel l'élu dénonce les méthodes de travail du magistrat dans le cadre de son instruction de « l'affaire du Festival du folklore d'Asnières ».
L'instruction porte sur les conditions d'attribution d'un marché public passé par la ville d'Asnières en 1998 (lire ci-dessous). Après le député-maire de l'époque, Franz Taittinger en 2003, Fabienne Van Aal, directrice de l'association organisatrice du Festival du folklore, a à son tour été mise en examen pour favoritisme lundi dernier. « La mise en examen de Fabienne Van Aal a agi sur moi comme un déclic », assurait, hier, Manuel Aeschlimann, ajoutant : « Tout comme Franz Taittinger, cette personne est une honnête personne et n'a commis aucune faute. Je veux, en demandant ma mise en examen, les soutenir physiquement, moralement et juridiquement. »
« Dénoncer l'insécurité juridique qui pèse sur les maires et leurs collaborateurs »
A l'époque maire adjoint de Franz Taittinger et à l'origine du Festival du folklore d'Asnières, Manuel Aeschlimann est témoin assisté dans cette affaire. Il a déjà été confronté quatre fois à l'ancien maire dans le bureau du juge. Sa demande de mise en examen vise aussi à « dénoncer l'insécurité juridique qui pèse sur les maires et leurs collaborateurs, notamment en matière de passation de marchés publics ». Des règles qui sont de plus en plus « complexes, mouvantes et parfois imprécises », selon l'élu, qui ajoute : « On tremble tous les jours. J'ai embauché un juriste spécialisé en mairie pour qu'on ne se trompe jamais. » Mais surtout, il s'agit pour ce lieutenant de Nicolas Sarkozy, de dénoncer les « méthodes du juge ». « M. Pallain est quelqu'un qui a une vraie aversion pour les politiques. J'ai vu comment il se comportait. C'est insupportable. J'ai envie de mettre les pieds dans le plat en dénonçant cette façon de faire », réagit l'élu. Et l'indépendance de la justice ? « Elle ne justifie pas tout », assure Manuel Aeschlimann qui accuse le juge de tous les maux.
« Vous avez remplacé les éléments objectifs - manquant par nature - par des pressions sur certains témoins qui avaient le tort - à vos yeux - de ne pas aller dans le sens que vous désiriez donner à votre instruction », écrit l'élu dans son courrier au juge. « Je vois que l'instruction s'appuie sur de nombreux actes de procédure pourtant absolument falsifiés (...) Le parquet est au courant. Vous êtes au courant. Et les auditions se poursuivent comme si de rien n'était », poursuit-il, précisant, hier, qu'il venait de déposer un recours devant la chambre de l'instruction pour demander l'annulation de toute la procédure. Des déclarations qui ne manqueront pas de susciter réactions et commentaires dans les couloirs du palais de justice de Nanterre et... de l'Assemblée nationale.
Reste une question : la démarche de Manuel Aeschlimann n'est-elle pas une manière de couper l'herbe sous le pied du juge d'instruction. Convoqué lundi, en même temps que Fabienne Van Aal, le député-maire d'Asnières ne s'est pas rendu chez le juge. « Je souffrais d'une sciatique, mon avocat a présenté un certificat médical », explique-t-il. A-t-il reculé ainsi le jour de son éventuelle mise en examen, son courrier au magistrat lui permettant désormais de prendre les devants ? « Je ne sais pas pourquoi il m'avait convoqué », se contente de répondre l'élu, qui se dit décidé à aller jusqu'au tribunal s'il le faut.
Manuel Aeschlimann , le député-maire UMP d'Asnières, dénonce les méthodes de travail de Richard Pallain , le magistrat qui instruit l'affaire du Festival du folklore d'Asnières. (LP.)
Frédéric Choulet
Le Parisien , samedi 24 juin 2006
Un festival folklorique à l'origine de l'affaire
LES REBONDISSEMENTS judiciaires qui secouent aujourd'hui la commune d'Asnières ont une lointaine origine. Ils ont en effet pour cadre l'organisation d'un festival folklorique sur la commune en 1998. A l'époque, certains administrés s'inquiètent de la dépense : quelque 200 000 € ont été déboursés par la ville pour cette manifestation.
Un coût jugé exorbitant au regard de la prestation réalisée selon certains citoyens. Le parquet de Nanterre en est avisé en 2001. Et une enquête préliminaire est lancée par les policiers de la BRDE (brigade de la répression de la délinquance économique). Suit, en juin 2003, l'ouverture d'une information judiciaire pour « favoritisme et recel d'abus de biens sociaux ». L'affaire est confiée au juge de Nanterre, Richard Pallain - qui instruisait l'affaire de dopage de Cofidis - et aux policiers de la BRDE.
Perquisition à l'hôtel de ville
Le 11 décembre, une perquisition a lieu à l'hôtel de ville. Les enquêteurs s'intéressent à la manière dont la mairie a - à la demande de Manuel Aeschlimann, qui était en 1998 premier adjoint au maire délégué à la communication - octroyé une subvention exceptionnelle à l'association Asnières Communication, chargée entre autres de trouver l'organisateur du festival. On sait aujourd'hui que c'est une entreprise privée (CDA Production) qui fut désignée sans mise en concurrence. Le festival a lieu mais une partie de la subvention se serait évaporée. Pour avoir signé la subvention, le député-maire RPR de l'époque, Frantz Taittinger - qui a démissionné en 1998 - a été le premier à être mis en examen pour « favoritisme » en décembre 2003. Lundi dernier, c'était au tour de l'ex-directrice de l'association Asnières Communication, Fabienne Van Aal. Fille de Louis-Charles Bary, l'actuel maire UMP de Neuilly, elle est aujourd'hui collaboratrice du député-maire Manuel Aeschlimann. Ce dernier a été entendu par le juge d'instruction à plusieurs reprises comme témoin assisté et a eu donc accès au dossier d'instruction. Il a depuis le début de cette affaire toujours affirmé « qu'il était confiant sur l'issue de l'enquête ».
Marisa Faion
Le Parisien , samedi 24 juin 2006
« Je n'ai jamais vu ça »
UN JUGE D'INSTRUCTION de Nanterre
«RÉCLAMER sa propre mise en examen quand on est témoin assisté, c'est plutôt curieux. Et même exceptionnel. Je n'ai jamais vu ça.
» Comme nombre de ses collègues, un juge d'instruction expérimenté s'interrogeait, hier, sur les véritables motivations de Manuel Aeschlimann, dont personne n'ignore au palais de justice de Nanterre que la mise en examen est « dans l'air ». Pour ne pas dire imminente. L'intérêt de la démarche de l'élu d'Asnières semble évident : « Il essaie sans doute d'allumer un contre-feu », commentait un magistrat hier après-midi. « De prendre les devants », ajoute un autre. L'intérêt procédural de la démarche est mince. Témoin assisté depuis le début de la procédure, Manuel Aeschlimann a accès au dossier et bénéficie de l'assistance d'un avocat. A l'inverse du statut de témoin assisté, le statut de mis en examen permet de soulever des nullités. Mais encore une fois, cette mise en examen n'allait sans doute pas tarder à lui être signifiée. « S'agirait-il de manipulation ? » ironisait un magistrat hier.
Valérie Mahaut
Le Parisien , samedi 24 juin 2006
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