 | VIE POLITIQUE: Quand une start-up française doit s'exiler pour survivre |
 REVUE DE PRESSE
Un article signé Yan de Kerorguen, paru dans La Tribune, le mardi 26 septembre 2006
ENTREPRISE -
innovation
Retour sur la campagne
de déstabilisation de
Mayetic, une start-up de
travail collaboratif qui est
partie renaître en Californie .
Peut-on être chef d' entreprise et
« militant » associatif en même
temps? Peut-être , Bruno de
Beauregard et Miguel Membrado, ne se
posent-ils plus la question . Les
cofondateurs de l' ex-Mayetic viennent en effet
de s' installer en Californie pour
remonter une start-up, Netcipia,
spécialisée dans le wiki-Web 2.0 . En ligne
depuis le 23 août, cette plate-forme de
travail collaboratif s'appuie sur leur
expérience de mayetic-village.com ,
aujourd'hui disparue .
Les déboires de Mayetic,
la seule
société française organisée en télétravail
à 100 %, illustrent un phénomène
croissant : la déstabilisation d'entreprises (Gemplus , Belvédère, Snecma )
à force de rumeurs, de
piratages, de désinformations ou d'
intimidations (*). Un scénario à la
CostaGavras où tout se mêle: de la politique
locale sur fond d' immobilier, une
fondation qu'on fait passer pour une
secte, des faux documents, des
intimidations verbales, des partenaires
financiers qui prennent peur et des
suites judiciaires.. . Inédit !
Campagne de dénigrement.
Dès l' origine, en 1996, Mayetic devient
vite un des quatre acteurs majeurs du
secteur en France, avec Microsoft, IBM et EMC-Documentum . Son site Web d' espaces de travail collaboratif gratuits est utilisé par plus de 14.000
associations, écoles, universités, PME, collectivités locales ou encore ONG,
réparties dans plus de 97 pays, ce qui
représente la deuxième audience
mondiale du domaine . Puis,
le 13 décembre 2006 ,
c'est la mise en liquidation
judiciaire. Aux yeux de De
Beauregard, le responsable de tout c'est le
maire d'Asnières, Manuel
Aeschlimann. Ce dernier est à ce moment-là en
guerre, dans sa ville, contre la
Fondation spiritualiste Ostad Elahi. Cette
dernière, pourchassée par les mollahs
d'Iran, s'oppose à un projet de
rénovation urbaine. Il n'aime pas non plus
Bruno de Beauregard, président de
Mayetic, lui aussi engagé dans une
association de défense de riverains.
« Pour le maire, nous étions gênants,
souligne l' ex-patron de Mayetic. Il a donc
tenté de faire de l'entreprise le paravent de
cette fondation, qu'il accuse d' être une
secte, pour nous porter préjudice.»
Le
directeur de cabinet du maire d'Asnières, Francis Pourbagher, qui a mené la
campagne contre Elahi et Mayetic, est
lui-même d'origine iranienne et
considéré comme proche de Téhéran.
Il a été condamné le 22 juin par le tribunal
de Nanterre à six mois de prison avec
sursis pour dénonciation calomnieuse,
dans une autre affaire et vient d' être
limogé, le 19 septembre, par le maire .
Tout cela aurait peut-être tourné court
si l'affaire n'avait pas été amplifiée par
une campagne de dénigrement et de
menaces intervenant au moment précis où un nouvel apport financier est demandé par Mayetic à
la Caisse des dépôts et consignations
Kineon , actionnaire à
35%% .
« Des négociations très avancées
étaient en cours avec France
Télécom-Equant pour un accord de
distribution mondial », raconte de
Beauregard. En tant qu'éditeur de
logiciels, Mayetic avait un besoin de
financement pour la R&D.
À
la fin
du premier trimestre 2005,
la CDC
fait savoir qu'elle est prête à
continuer à financer si un autre
investisseur met aussi au pot. Le partenaire
public ajoute même 1 million de plus
au mois de mai pour financer les
déficits liés à l'innovation et payer
les salariés. France Telécom devient
un client majeur, ce qui a pour effet
de rassurer la CDC.
Négociations abouties.
Début octobre 2005 , tout est en place pour sauver
l'entreprise.
« Les relations avec la CDC
étaient bonnes », raconte de Beauregard .
Pareil pour le client France Télécom
qui vend les produits Mayetic .
« Nous
avions un contrat mondial avec eux.»
D' un jour à l'autre , curieusement, CDC et France Télécom ne donnent
plus suite. Abandonné, Mayetic doit
mettre la clé sous la porte. S' estimant
victimes de « dégâts collatéraux » causés
par les « calomnies » du maire, les
ex-dirigeants de Mayetic ont porté plainte
pour diffamation contre la mairie
d' Asnières, qui a perdu en première
instance. La justice a indiqué une
première fois que l'association de Bruno
de Beauregard a bien été diffamée. Le
jugement d'appel a été repoussé deux
fois pour atteindre la date du 25
octobre. De son côté, le maire d' Asnières a
également déposé plusieurs plaintes
pour diffamation en mars, avril et mai.
La justice suit son cours.
Yan de Kerorguen
La Tribune, 26 septembre 2006
Edition papier et sur le site de La Tribune (accès payant) :
www.latribune.fr
(*) À lire « Déstabilisation d' entreprises, de
Philippe Laurier. Ed. Maxima
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